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Robin des volcans

Robin des volcans

Volcanologie, Mexique et Expéditions Volcaniques

Publié le par Robin Campion
Publié dans : #Volcanologie, #Recherche, #Lac de lave, #Nyamuragira, #Afrique, #Congo

Environ la moitié de mon emploi du temps de volcanologue est consacré au dévelopement et l'application sur le terrain de la caméra a SO2, un instrument qui permet de mesurer, en 2D et a haute fréquence, le dioxyde de soufre dans les panaches volcaniques. L'autre moitié de mon temps, je le consacre à l'analyse d'images satellites, toujours dans le but de mesurer les émissions de SO2, mais a une échelle plus large. C'est un travail de bureau assez répétitif et relativement peu enthousiasmant, mais les satellites ont un immense avantage: ils ne connaissent pas de frontières, et permettent, sans se déplacer, d'étudier le volcan de son choix aussi difficile ou dangereux d'accès soit il. J'utilise essentiellement les données de deux satellites: OMI et ASTER

OMI est un spectromètre ultraviolet qui mesure le SO2 avec une résolution au sol d'environ 20km, et une fréquence d'une image par jour. C'est le satellites le plus utilisé par mes collègues pour mesurer le SO2, et les images, générées par la NASA, sont disponibles sur de nombreux sites (comme par exemple ici)

ASTER est un radiométre multispectral infrarouge qui mesure le SO2 avec une résolution au sol d'environ 90m et une fréquence d' une image toutes les 2 semaines.

Aujourd'hui, je vous partage une découverte qui m'enchante, et qui j'espère, vous intéressera aussi, collégues, volcanophiles ou simples curieux.

Je travaille depuis quelques années sur les émissions des volcans des Virunga, situés en Afrique centrale, à la frontière très instable entre la République “Dèmocratique” du Congo et le Rwanda (tout aussi démocratique bien entendu).

Cette chaîne de grands volcans quaternaire est édifiée sur la branche occidentale du Rift Est Africain et compte deux volcans trés actifs. Le Niragongo, et le Nyamuragira. Les deux volcans sont distants d'une quinzaine de km et ont un dynamisme éruptif essentiellement effusif, impliquant des magmas très fluides.

Le Niragongo est célèbre pour son lac de lave découvert en 1948 par Haroun Tazieff et exploré par son équipe dans le quart de siècle qui suivit au cours d'expédition hautes en couleurs. En 1977, le lac se vidangea brusquement en sous formes de coulées de lave extrmêment rapides qui firent plusieurs centaines de victime. Le lac de lave s'est reformé en 1982, fut actif par intermittance jusque 2002 et le 17 janvier 2002, se vidangea à nouveau par un réseau de fractures Nord-Sud. Les coulées atteignirent cette fois la ville de Goma, faisant de nouveaux plus d'une centaine de morts, notemment lors de l'explosion d'une station-service atteinte par la lave. Le lac de lave s'est reformé tout au fond du cratère en juin 2002, et est trés actif depuis depuis lors. C'est, en terme de surface et d'activité le plus grand lac de lave du monde. Son niveau a effectué une remontée spectaculaire de 500m en une dizaine d'années. Le Niragongo est un des 10 plus gros émetteurs volcaniques permanent de SO2 au monde.

Le Nyamuragira est un petit peu moins connu. C'est pourtant le volcan le plus actif d'Afrique en terme de production magmatique. Il a abrité dans sa caldeira un lac de lave du début du XXème siècle à 1938,et délivre depuis 1948 en moyenne une éruption tous les deux ans. On parle ici d'éruption intenses accompagnées de fontaines de lave de plusieurs centaines de mètres de hauteur et de coulées de lave qui peuvent parcourir jusque à 20 km en queques jours. Chaque éruption injecte également dans l'atmosphère plusieurs centaines de milliers de tonnes de dioxyde de soufre. Entre deux éruptions, seules quelques paresseuses fumeroles s'exhalent dans sa caldera de 2 km sur 3. De nombreuses preuves, issues de diciplines très différentes (pétrologie, sismologie, interférométrie radar, étude stochastique de la récurrence des éruptions) indiquent qu'une chambre magmatique pressurisée réside a faible profondeur (~3km) sous la caldera du volcan.

La dernière éruption du Nyamuragira s'est produite du 7 novembre 2011 à la mi-mars 2012. Elle a été inhabituellement longue et volumineuse pour ce volcan (200 millions de m3 de lave émise). Peu après la fin de l'éruption, les émissions de SO2 mesurées par OMI (figure 1) ont commencé a augmenter, atteingnat un pic en octobre 2012, et se stabilisant par la suite à un niveau beaucoup plus élevé qu'avant l'éruption.

Les données d'OMI ne permettent pas de déterminer qui du Nyamuragira ou du Niragongo est responsible de cette augmentation des émissions, vu que la distance qui les sépare est inférieure a la taille d'un pixel d'OMI. C'est ici qu'entre en jeu l'analyse des images d'ASTER (figure 2). Sur toutes les images acquises depuis mars 2012 et dépourvues de nuages, on peut observer qu'un panache très concentré en SO2 est émis par le Nyamuragira, et plus précisément par le cartére-puit situé dans la partie N de sa caldeira.Les images ASTER permettent donc d'identifier le Nyamuragira comme le responsable de l'augmentation récente des émissions de SO2 des volcans des Virunga. Les émissions du Nyam sont désormais 3 a 10 fois plus intenses que celles de son voisin qui posséde le plus grand lac de lave du monde...

La seule facon d'expliquer ce dégazage extraordinaire et continu (les images OMI prouvent la continuité), est qu'un lac de lave s'est formé tout on fond du cratère Nord du Nyamuragira. Jusqu'a il y a quelques mois, cette théorie pouvait sembler spéculative, vu l'absence d'anomalie thermiques détectées par les satellites, ou d'incandescence observée par les observateurs locaux. Mais cette absence pouvait s'expliquer par la grande profondeur a laquelle se situe la surface du lac, et par la densité du panache de gaz et d'aerosols que le gaz émettait, qui absorbe tres fort la radiation infrarouge.

Or depuis avril de cette année, des anomalies thermiques isolées ont commencé à apparaître sur le système de détection automatique MODVOLC, et se sont faites de plus en plus fréquentes depuis une semaine (figure 3). Ce que je soupconnais depuis longtemps est mainten pour moi une certitude: la famille assez peu nombreuse (5 ou 6 sur terre) des lacs de lave permanents compte un nouveau membre en très bonne santé.

 

 

Figure 1: Série temporelles d'images mensuelles d'OMI. Les images entourées de rouge délimitent la période d'éruption du volcan. Les émissions de SO2 aprés l'éruption sont bien plus élevées qu'avant l'éruption.

Figure 1: Série temporelles d'images mensuelles d'OMI. Les images entourées de rouge délimitent la période d'éruption du volcan. Les émissions de SO2 aprés l'éruption sont bien plus élevées qu'avant l'éruption.

Images du satellite ASTER. En haut se images visibles (en pseudo-couleurs, La végétation apparait en rouge et les coulées de laves récentes en Noir). En bas les carte de SO2,  obtenues par traitement de l'image infrarouge (la concentration du panache est figurée au moyen d'une échelle de couleur exprimée en gramme par mètres carrés). A gauche, paire d'image acquise en février 2011, avant l'éruption. au centre, paire d'image acquise en juin 2013, montrant un panache très important, et à droite paire d'image acquise en janvier 2014.d'image

Images du satellite ASTER. En haut se images visibles (en pseudo-couleurs, La végétation apparait en rouge et les coulées de laves récentes en Noir). En bas les carte de SO2, obtenues par traitement de l'image infrarouge (la concentration du panache est figurée au moyen d'une échelle de couleur exprimée en gramme par mètres carrés). A gauche, paire d'image acquise en février 2011, avant l'éruption. au centre, paire d'image acquise en juin 2013, montrant un panache très important, et à droite paire d'image acquise en janvier 2014.d'image

Anomalie thermique détectée par MODVOLC le 1/7/2014 (gauche), pile là ou se trouve la source du dégazage,
Anomalie thermique détectée par MODVOLC le 1/7/2014 (gauche), pile là ou se trouve la source du dégazage,

Anomalie thermique détectée par MODVOLC le 1/7/2014 (gauche), pile là ou se trouve la source du dégazage,

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Leduc Ludovic 30/04/2016 17:39

Bonjour,


J’ai quelques questions concernant l’article sur le Nyamulagira récemment publié dont vous êtes l’un des co-auteurs, et je pense que c’est là le meilleur endroit pour les poser.

Tout d’abord, j’ai trouvé cet article très intéressant tant au-niveau du phénomène même de la naissance de ce lac de lave que de l’histoire magmatique que vous en racontez. Toutefois, il manque à mon avis de multidisciplinarité, notamment sur la présence des deux magmas distincts que vous avancez lors de l’éruption latérale de 2011-2012. Un brin de pétrologie sur un produit de chaque phase permettrait de confirmer une information que vous tenez, j’ai l’impression, uniquement du SO2. Enfin bon, c’est juste une petite remarque comme ça.


Le SO2 a l’avantage d’être relié directement au volume magmatique, par le biais des inclusions. La précision sur les volumes avancés, pas uniquement dans cette étude, m’a toujours posé question. Il semble que vous êtes dépendant d’une précision sur la mesure dans le panache ainsi que de celle de la microsonde sur les inclusions. J’imagine que vous considérez aussi que ces inclusions sont closes, ce qui peut ne pas l’être. Enfin, une fraction du SO2 peut aussi se libérer de manière diffuse et donc ne pas apparaître au niveau du panache éruptif. Est-ce que ces différents points, et j’en oublie certainement, sont pris en compte dans ces mesures ? Est-ce qu’ils sont quantifiés ?


J’en arrive à des questions plus géologiques. L’information importante du papier est la vidange de micro-réservoirs superficiels par le dyke alimentant l’éruption latérale, vidange induisant la formation d’un puits central. Comment expliquez-vous cette vidange par le bas ? Pourquoi ne se fait-elle pas plus tôt, car vous expliquez qu’elle se met en place un mois après le début de l’éruption… ?


Enfin, si je me réfère à la figure expliquant le mécanisme en œuvre entre 2011 et 2014, on comprend que le niveau du lac augmenterait petit à petit dans le conduit ouvert sous l’impulsion du magma non dégazé. Il a donc fait les 750 à 1000 mètres de hauteur entre juillet 2013 et juin 2014, soit en un an. Pourquoi, selon vous, cette ascension s’est stoppée par la suite car entre 2014 et 2016, le niveau n’a pas eu l’air de s’élever à la même vitesse que celle avancée sur la figure ? De plus, comment pouvait-il rester actif car si le niveau n’augmentait pas, comment l’impulsion par le magma dégazé pouvait-elle être toujours effective ? Enfin, quid de début avril 2016 ? Où est-donc passé le magma de toute cette colonne magmatique ? Ça fait quand même un sacré volume à cacher… Peut-être avez-vous une idée sur la question.


Merci d’avance pour le temps que vous passerez à, je l’espère, répondre à mon commentaire.
Bonne soirée,

Ludovic Leduc

Leduc Ludovic 30/04/2016 17:38

Désolé pour la mise en forme, je ne sais pas ce qu'il s'est passé.

Robin Campion 09/05/2016 03:54

Bonjour Ludovic, et merci pour ces questions stimulantes!!
Pour la pétro et les 2 magmas distincts, c’est certainement quelque chose qui vaudrait la peine de vérifier. Je ne suis pas du tout spécialiste en pétro mais est-ce q’on sait reconnaitre un magma partiellement dégazé d’un magma non dégazé avec la pétro? On a par contre des observations visuelles qui indiquent clairement que la première phase de l’éruption qui a produit pendant plusieurs jours une fontaine de lave de 400m de haut, était beacoup plus explosive que la seconde ce qui abonde dans le sens d’un magma moins riche en gaz pour la seconde phase.
Sur la liaison entre le SO2 et les volumes magmatiques (attention on parle bien de magma qui a dégazé et pas de magma émis) oui il y a certainement une incertitude qui vient de 3 grandes sources.
1°)La précision de smesures satellites, ou effectivement on manque de validation, et les éléments dont je dispose me Font penser qu’OMI sous-estime peut être un peu les émissions de SO2.
2°)La question de savoir si les inclusions sont closes ou non est toujours problématique. Pour l’article on a utilisé les données de l’article de (Head et al., 2011) qui rapporte des valeurs maximale de 2400ppm de S dans les olivines les plus primitives des laves du Nyamuragira (mais pas celles de l’éruption). D’après la litérature, le soufre dans les inclusions vitreuses des olivines est beaucoup moins affecté par le “post-entrapment degassing” que le CO2 ou l’H2O.
3°) Le dégazage du magma AVANT la formation de l’inclusion me préoccupe plus… Toujours d’après Head et al. (2011), les inclusions des olivines des éruptions “eccentriques” du Nyam, qui émettent un magma extrèmement primitif et sous-saturés ont des contenus en S de jusqu’à 3500ppm. Lors des discussions avec les co-auteurs j’avais opiné pour utiliser cette valeur plus élevée, qui est peut-être plus proche de celle du magma primitif du Nyam, mais la majorité des autres auteurs a préféré utiliser 2400ppm.
Le SO2 diffus, dans une éruption c’est négligeable je pensé, a part peut être un dégazage tres tres résiduel a la Surface des coulées mais ca doit ne représenter que quelques % de ce qui sort dans le panaché.
Le délai entre le début de l’éruption et la formation du pit-crater est déterminé par la vitesse à la quelle la surpression pré-eruptive s’est évacué par drainage lors de l’éruption latérale. Tout comme l’effondrement du Dolomieu en 2007 ne s’est pas fait tout de suite après le déclenchement de l’´”éruption du siècle”, ici le débit effusif relativement lent a drainé le magma de facon encore plus graduelle qu’à la Réunion.

Pour la réponse à la question de la vitesse d’ascension du niveau du lac, l’ascension du niveau a probablement comencé dès sa formation en 2012 mais elle a été contrariée par les effondrements permanents des parois du puit, et la dynamique de la mousse magmatique (c’est le sujet d’un article en cours d’écriture…). Un paramétre essentiel a considérer est l’élargissement progressif du conduit à mesure que le niveau du magma était plus superficiel, et aussi au cours du temps (par érosion thermique). Et pour la “disparition” du lac en abril je n’ai aucune certitude. J’aurai tendence à penser à une intrusion laterale du magma, mais il faudrait des données sismiques pour confirmer ca. Mon ami Benoit Smets qui est intervenu sur ce post m’a dit que le lac de lave que le Nyam avait dans la premiere moitié du siècle dernier avait aussi connu des périodes d’absence.
Voilà il y a certainement encore beaucoup de choses à découvrir sur ce fascinant volcan et sur les lacs de lave en général...
Amitiés
Robin

Leduc Ludovic 30/04/2016 17:32

Bonjour,

J’ai quelques questions concernant l’article sur le Nyamulagira récemment publié dont vous êtes l’un des co-auteurs, et je pense que c’est là le meilleur endroit pour les poser.

Tout d’abord, j’ai trouvé cet article très intéressant tant au-niveau du phénomène même de la naissance de ce lac de lave que de l’histoire magmatique que vous en racontez. Toutefois, il manque à mon avis de multidisciplinarité, notamment sur la présence des deux magmas distincts que vous avancez lors de l’éruption latérale de 2011-2012. Un brin de pétrologie sur un produit de chaque phase permettrait de confirmer une information que vous tenez, j’ai l’impression, uniquement du SO2. Enfin bon, c’est juste une petite remarque comme ça.

Le SO2 a l’avantage d’être relié directement au volume magmatique, par le biais des inclusions. La précision sur les volumes avancés, pas uniquement dans cette étude, m’a toujours posé question. Il semble que vous êtes dépendant d’une précision sur la mesure dans le panache ainsi que de celle de la microsonde sur les inclusions. J’imagine que vous considérez aussi que ces inclusions sont closes, ce qui peut ne pas l’être. Enfin, une fraction du SO2 peut aussi se libérer de manière diffuse et donc ne pas apparaître au niveau du panache éruptif. Est-ce que ces différents points, et j’en oublie certainement, sont pris en compte dans ces mesures ? Est-ce qu’ils sont quantifiés ?

J’en arrive à des questions plus géologiques. L’information importante du papier est la vidange de micro-réservoirs superficiels par le dyke alimentant l’éruption latérale, vidange induisant la formation d’un puits central. Comment expliquez-vous cette vidange par le bas ? Pourquoi ne se fait-elle pas plus tôt, car vous expliquez qu’elle se met en place un mois après le début de l’éruption… ?

Enfin, si je me réfère à la figure expliquant le mécanisme en œuvre entre 2011 et 2014, on comprend que le niveau du lac augmenterait petit à petit dans le conduit ouvert sous l’impulsion du magma non dégazé. Il a donc fait les 750 à 1000 mètres de hauteur entre juillet 2013 et juin 2014, soit en un an. Pourquoi, selon vous, cette ascension s’est stoppée par la suite car entre 2014 et 2016, le niveau n’a pas eu l’air de s’élever à la même vitesse que celle avancée sur la figure ? De plus, comment pouvait-il rester actif car si le niveau n’augmentait pas, comment l’impulsion par le magma dégazé pouvait-elle être toujours effective ? Enfin, quid de début avril 2016 ? Où est-donc passé le magma de toute cette colonne magmatique ? Ça fait quand même un sacré volume à cacher… Peut-être avez-vous une idée sur la question.

Merci d’avance pour le temps que vous passerez à, je l’espère, répondre à mon commentaire.
Bonne soirée,

Ludovic Leduc

Leduc Ludovic 12/05/2016 07:15

Oui, quelle chance ! J'espère qu'on aura beau temps ! On a prévu deux ou trois nuits sur le Nyiragongo et aussi la montée au Nyamuragira bien évidemment.

Sinon, pas de soucis pour l'échantillonnage. Si tu peux être un peu plus précis sur ce que tu souhaites en message privé (tu dois avoir mon adresse mail professionnelle). On est très intéressé pour lier notre voyage à des échantillonnages, des observations, des prises de vues etc… Car on a conscience que pour les équipes scientifiques, ce n’est pas évident d’y aller donc si on peut filer un coup de main… Si tu as des adresses de gens à contacter qui bossent sur ces deux volcans et que cela pourrait intéresser, n’hésites pas !

Concernant la disparition du lac au Nyamuragira, c’est la conséquence qui m’intéresse avant la cause… car ça fait une sacré quantité de magma à stocké, à recyclé… Le réseau de déformation / sismicité est-il étendu là-bas ?

Merci d’avance,
Bonne journée,

Robin Campion 12/05/2016 02:01

Quelle chance que tu puisse aller là bas. A mon grand regret je ne connais cette région que via les images satellites y les lectures, d'articles scientifiques et des livres d'Haroun Tazieff. Et je rêve réellement de pouvoir aller là bas un jour.
Si tu y vas ce serait super si tu pouvais échantillonner et analyser les produits de l'éruption de 2011-2012. Les cones éruptifs sont relativement accesibles depuis Rumangabo le où se trouve le siege du parc des Virunga.
Concernant la disparition du lac de lave, l'intrusion est une hypothèse possible, mais elle n'est pas la seule. Le flux d'energie thermique dissipée par un lac de lave est réllement colossal, et nécessite un apport constant de magma neuf pour compenser ces pertes et maintenir le lac actif. Une baisse même faible ou temporaire de l'alimentation en magma et/ou en gaz peut avoir des conséquences dramatiques sur l'existance du lac en surface.
Amitiés
Robin

Leduc Ludovic 09/05/2016 07:18

Bonjour,

Merci pour ce riche commentaire !

Concernant la pétro, les laves seront forcément différentes ! Pour comparatif avec la Fournaise, les éruptions dites éclairs post-2007 sont caractérisés par des laves riches en plagios, indiquant un refroidissement assez conséquent et donc de probables petites poches. Cette description se rapproche d'ailleurs de ce que tu décris dans le papier. A l'inverse des laves plus profondes, plus habituelles pour la Fournaise, n'ont que quelques olivines... Je suis persuadé qu'une différence est notable sur les laves de cette éruption.

Pour les imprécisions sur le SO2, merci pour cette réponse honnête. As-tu une idée de comment ces imprécisions impactent les différents résultats ? J'ai d'ailleurs été étonné de ne pas voir de paragraphes sur cela... sauf si les imprécisions en questions sont très minimes...

Concernant le lac et sa "disparition", l'intrusion latérale est en fait la seule hypothèse réellement valable. Ce qui est étonnant, c'est qu'on en ait pas trop entendu parlé car le risque d'éruption latérale était alors grandement augmenté ! Le réseau sismologique est important sur ce volcan ?
C'était aussi une question intéressée car je pars au Congo fin-juin. Aurais-tu des bons plans, des choses à voir absolument dans la région des Virunga, surtout d'un point de vue géol' / volcano ? Je pars 15 jours et vais passer au moins deux nuits au Nyiragongo. Avec mon associé, nous cherchons notamment des endroits où l'on peut voir l'impact d'un débordement d'un lac de lave sur les populations...

Merci d'avance,

Ludovic LEDUC

Robin Campion 02/11/2014 23:40

Salut Benoît,
Je pense que tout ne s'est pas arrêté et qu 'il y a toujours un petit lac de lave présent dans le cratère. La dernière image ASTER montre encore pas mal de SO2, environ 3000 T/j et un point très chaud dans l'infrarouge. Les nuages, la densité du panache, la petite taille du lac de lave peuvent très bien masquer les signal thermique de MODIS, et la sensibilité limitée du MODVOLC. Je ne sais pas si tu as vu mon récent article de GRL, ou j'évoque la comparaison avec la formation de l'actuel lac de lave du Kilauea. On pourrait, je pense élargir la comparaison aux premiers mois du lac du Nyiragongo, qui était de tres petite taille et ressemblait plus a une petite fontaine qu'a un vrai lac de lave.
Je suis prêt a parier avec toi un bac de Chimay contre une toute bonne bouteille de Tequila qu'on assiste ,depuis la fin de l'éruption de 2012, a la formation progressive d'un lac de lave, comme celui du Nyiragongo ou comme celui que le Nyamuragira avait au début du XXeme siècle.
Amitiés
Robin

Benoît Smets 12/11/2014 19:20

Au plaisir d'en boire une à l'AGU, par hasard ?

Benoît Smets 12/11/2014 19:16

On gagnerait tous les deux, car c'est ce que je pense aussi depuis 2012. Mais je vois surtout que la Chimay bleue te manque ! ;-)

Pour info, les fontaines de lave ont bien stoppé mi-septembre. Mais l'activité est réapparue début novembre sous la forme ... d'un tout petit lac de lave bouillonnant (source: OVG et Dario, photos à l'appui). Si ça se passe comme entre 1913 et 1938, on va certainement assister à une activité intermittente pendant peut-être plusieurs années, avec à la clé, je l'espère, un deuxième lac de lave permanent, comme au Nyiragongo. Ce serait top, en tout cas.

Au plaisir de boire quelques bonnes bières trappistes avec toi !

Benoît

Benoît Smets 23/10/2014 11:48

Salut Robin !

A proprement parlé, il n'y a pas de lac de lave au Nyamulagira. L'information de terrain que tu as obtenue est fausse. Il s'agit en fait de fontaines de lave, mais celles-ci n'ont pas réussi encore à créer un bassin de lave bouillonnant, même temporaire. Tu trouveras une meilleure description de terrain dans EOS Vol 95 (42). N'oublie pas de nous contacter la prochaine fois que tu veux une info de terrain sur cette région ! Nous le ferons avec plaisir. A bientôt (à l'AGU ?)

Benoît

Benoît Smets 02/11/2014 16:57

Tu as raison, la distinction est floue entre lac de lave et petites fontaines; le terme "lac de lave" regroupant beaucoup de choses. Dans le cas de la région des Virunga, cette confusion a mené à beaucoup de malentendus dans la littérature scientifique. C'est pour ça que nous insistons sur la distinction entre un lac de lave tel que celui du Nyiragongo, c'est à dire un bassin de lave semi-permanent, et des "lava ponds", phénomènes temporaires souvent observés en fin d'activité effusive, quand les fontaines de lave faiblissent et que la lave reste bloquée à l'intérieur du cône éruptif.

Si on considère ces petites fontaines de lave comme étant des lacs de lave, alors toutes les éruptions du Nyamulagira, que ce soit sur les flancs du volcan ou dans la caldera, donnent naissance à des lacs de lave.

Dans le cas de l'activité récente du volcan, Dario n'a pu qu'observer des fontaines de lave. Ses observations sont les mêmes que les nôtres, puisqu'il s'est carrément incrusté dans notre mission de terrain. Il a donc vu la même chose que nous, au même moment. Un lava pond a pu certainement apparaître après notre passage, comme à chaque fin d'éruption du Nyamulagira, mais personne n'a observé cela.

Il ne faut donc pas parler de lac de lave. Les fontaines de lave ont simplement stoppé, comme à la fin d'une éruption sur les flancs du volcan. Ceci explique probablement la disparition des anomalies thermiques et la diminution des émissions en SO2. J'aurai probablement plus d'info à te donner à ce sujet début de l'année prochaine.

Benoît

Robin Campion 28/10/2014 03:06

Salut Benoît
Merci pour ton commentaire.
Lac de lave ou petite fontaine, la distinction est floue. L’activité d’Ambrym, visuellement assez similaire aux images disponibles du Nyamuragira, et assez inconstante elle aussi, entre-t-elle dans la catégorie des lacs ou des fontaines ? Les lacs du Kilauea et du Nyiragongo voisins ressemblaient dans leur enfance à de petites fontaines, avant de devenir des lacs « incontestables ».
L'info vient de Dario Tedesco, qui est souvent sur place et a une longue expérience de terrain (notamment de la naissance de l'actuel lac de lave du Nyiragongo en 2002). Mais elle date de juillet. Depuis, les emissions de SO2 ont fort baissé (mais pas disparu) à la fin-septembre et les anomalies thermiques ont disparu. Je pense que le lac doit faire face a des effondrements répétés des parois du puit qui l'empèchent en ce moment de se manifester en surface. Tu pourrais confirmer? Le lac du kilauea a connu ca aussi...