Volcanologie, Mexique et Expéditions Volcaniques
11 Mai 2013
Le second volcan de cette campagne, le Tacana n’est pas un petit volcan. Il culmine à 4000 m au-dessus du niveau de la mer, a l’extrême est du Pays. Le sommet de la montagne sert d’ailleurs de borne frontière naturelle avec le Guatemala voisin. Le Tacana est le principal sujet de la thèse de Nathalie. Cette mission est l’occasion pour elle de découvrir ce qui sera son terrain d’étude pendant ces trois prochaines années. Au programme : l’échantillonnage des sources thermales et des mofettes (exhalaisons de gaz froid), ainsi que la mesure du débit des rivières des flancs du volcan. L’ascension du Volcan, longue et assez difficile, et l’échantillonnage des fumerolles sommitales seront pour une prochaine mission.
A Tapachula, ville frontière avec le Guatemala bâtie sur des dépôts éruptifs du Tacana, Youri Taran, le promoteur de thèse de Nathalie, et 3 étudiants de l’Instituto Technologico de Chiapas, nous rejoignent, tandis que Paty retourne a Mexico.
La plupart des sources thermales associées au Volcan se trouvent sur le flanc Ouest, autour du petit village d’Agua Caliente. On l’atteint après trois heures d’une route incroyablement tortueuse et escarpée. Youri se souvient du temps pas si lointain ou les dix derniers km se faisaient à pied, les instruments chargés à dos de mule. Agua Caliente est construit sur une crête à flanc de volcan qui domine les reliefs granitiques escarpés de l’Est du Chiapas. Il se dégage de ce village un calme, une sérénité presque irréels. Après une brève présentation auprès des notables du village (l’agent municipal, le médecin et un instituteur de l’école), nous obtenons l’autorisation de nous installer dans la « casa comunitaria », sorte d’église laïque avec une estrade et des bancs en bois. L’estrade sera notre cuisine et les bancs nos lits. Nous partons dans l’après-midi pour échantillonner une première source chaude. C’est probablement une des sources chaudes les plus spectaculaires que j’ai jamais vues. Elle se trouve au pied d’une falaise exactement sous la cascade d’un des Rios qui drainent le volcan.
Les deux jours suivants, nous arpentons les pentes du volcans et les vallées des alentours avec un guide, a la recherche d’autres sources chaudes. Elles sont nombreuses au Tacana. Certaines colorent les ruisseaux en orange vif, à cause de l’hydroxyde de fer qu’elles déposent. Un autre déverse dans la jungle une cascade d’eau à 40°C. C’est le domaine de la Selva, la forêt tropicale humide et très dense, qui bruisse de chants d’oiseaux inconnus. Le somptueux Quetzal, habite encore les pentes du volcan, et c’est l’un de ses derniers refuges au Mexique. La Selva est en effet victime de la déforestation et disparait à un rythme alarmant, remplacée par des plantations de café.
En soirée nous jouons au football avec les enfants du village. Doués les gosses, ils courent vite, ils dribblent ils passent… Tout ça permet de construire de bonnes relations avec les habitants du village, qui observent le match avec un mélange de curiosité et d’amusement. Nous serons amenés à revenir là-bas plusieurs fois par an.
Cette première mission au Tacana n’est qu’une brève exploration préliminaire de trois jours, une prise de contact, mais qui aura néanmoins fourni un bon lot de mesures et d’échantillons que Nathalie traitera dans les prochaines semaines. D’autres missions viendront, plus longues et plus difficiles. Youri a aussi évoqué l’idée d’ajouter un autre volcan, le Tajumulco au Guatemala, au sujet de thèse de Nathalie. Ce n’est certainement pas le travail qui manquera ces prochains mois…
En fin d'après-midi, le Volcan se dégage quelques instants des brumes qui l'entourent la plupart du temps en cette saison