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Robin des volcans

Robin des volcans

Volcanologie, Mexique et Expéditions Volcaniques

Publié le par Robin Campion
Publié dans : #Expéditions, #Chiapas, #Chichon, #Volcanologie, #fumerolles

Nous voici de retour de la campagne d’échantillonnage sur les volcans du Chiapas: El Chichon et Tacana. En 8 jours nous avons beaucoup fait et beaucoup vu, et je commencerai par le premier volcan de la campagne : El Chichon.

Ce petit volcan (1150m) ressort à peine du relief environnant et serait resté anonyme pour la Volcanologie s’il ne s’était pas réveillé violemment en 1985, causant la mort de 3500 personnes. Le volcan n’avait pourtant pas manqué d’envoyer des signes précurseurs inquiétant avant d’entrer en éruption : Séismes, augmentation de température des sources chaudes et apparition de fumerolles. Mais l’isolement du volcan et la quasi-inexistence à l’époque de la volcanologie Mexicaine  ont fait que ces phénomènes  n’ont pas été interprétés comme étant le signe d’un réveil du volcan, que tout le monde pensait éteint. Si une telle situation se reproduisait, ici au Mexique ou ailleurs dans le monde, je suis convaincu que le traitement de l’information par les volcanologues et la réponse des autorités aboutirait à une évacuation des habitants.

Le nombre élevé de victimes de l’éruption s’explique aussi par le déroulement de celle-ci. Après quelques éruptions phréatiques causées par la vaporisation du système hydrothermal, une première éruption magmatique détruit les villages situés à proximité immédiate du volcan. Puis le volcan se calme et les habitants reviennent dans leurs maisons pour nettoyer les cendres et nourrir leur bétail. Mais ce n’est que temporaire : une seconde éruption, beaucoup plus violente se d´clenche, et tue, dans des coulées pyroclastiques les habitants de villages, plus importants, situés jusqu’à 15 km du volcan, comme Francisco Léon. La région entière est plongée dans l’obscurité pendant 2 jours, et une épaisse couche de cendres se dépose jusqu’à 500 km du volcan.

L’éruption du Chichon est également  célèbre pour avoir marqué le point de départ des mesures de gaz volcaniques de puis l’espace. Quelques jours après l’éruption, les scientifiques de la NASA exploitant les données du satellite TOMS, conçu pour mesurer l’ozone stratosphérique, observèrent une énorme anomalie dans le panache du volcan. Après une analyse plus pointue, ils se rendirent rapidement compte que l’anomalie était en réalité due au dioxyde de soufre rejeté par l’éruption, et purent quantifier la masse de SO2 présente dans le panache. Une branche nouvelle de la volcanologie était née… Une centaine de chercheurs de par le monde utilisent aujourd’hui les images satellite pour mesurer les gaz et les cendres des volcans. Mais ceci est une autre histoire…

Cette fois-ci il ne s’agissait pas de volcanologie satellitaire, ou de télédétection, mais de volcanologie de terrain, moins confortable et  physiquement plus fatigante. Participent à la campagne Loic Peiffer, jeune volcanologue Belge qui vient d’obtenir un poste a l’institut des énergies renouvelables de la UNAM, Paty Jacome-Paz doctorante de la UNAM, Nathalie et moi. La région du volcan est assez isolée et les gens du village de Chapultenango voient assez peu de « güeros», de blancs. L’élevage de bétail et la culture de café sont les activités économiques principales de la région, mais les gens sont assez pauvres. Beaucoup ne sont pas propriétaires de leur terre ou de leur troupeau.

 L’ascension du volcan ne dure que deux heures paraitrait facile si elle se faisait sans charge et par une température raisonnable. Mais nos sacs pèsent entre 10 et 20 kg et la température tourne autour de 35 degrés. Nous installons les tentes et laissons notre stock d’eau sur le fond plat d’une ancienne caldera qui entoure le cratère de 1982. Puis, n’emportant que le matériel de mesure et d’échantillonnage, nous montons jusqu’au bord du cratère. Celui-ci mesure environ 1km de diamètre et contient un lac moyennement acide (pH =2.2). Après quelques photos du lac pour documenter l’évolution de sa taille et de sa couleur, nous commençons la descente le long de la paroi assez abrupte du cratère. Elle n’est pas techniquement difficile ni vraiment dangereuse mais nécessite quand même un minimum d’attention. Au fur et à mesure qu’on descend les 250 mètres de parois, le bruit des fumerolles et l'odeur d’hydrogène sulfuré se font de plus en plus perceptibles. Une fois arrivés au fond, nous nous répartissons les rôles. Paty va faire des mesures du flux de CO2 émis par le sol du cratère tandis que Loïc, Nathalie et moi allons échantillonner les gaz des fumerolles et les sources chaudes qui alimentent le lac. L’échatillonnage des gaz se fait en connectant a un entonnoir en titane une ampoule de silice contenant une solution de soude caustique et un volume de vide poussé. Les gaz solubles (H2O, CO2, SO2, HCl, H2S,…) se condensent dans la solution tandis que les gaz insolubles (gaz nobles, méthane, et air atmosphérique) remplissent progressivement le volume de vide jusqu’á ce que l’ampoule ne pompe plus. Quand l’ampoule est pleine, on ferme le robinet d’entrée et on la ramène au labo pour analyser (séparément) la solution de gaz dissous et les gaz libres. La méthode d’échantillonnage, mise au point dans les années 80, porte le nom de son inventeur, Werner Giggenbach. Si son principe est relativement simple sa mise en pratique sur le terrain est évidemment plus compliquée, et peut comporter des risques.  Un bon échantillonnage nécessite habileté et expérience. Au Chichon la température des gaz est relativement basse (97°, le point d’ébullition de l’eau).

En fin de journée nous nous baignons dans l’eau à 35° du lac, détente bien mérité après notre dur labeur et avant la remontée vers l’extérieur du cratère.

Le lendemain nous redescendons au fond du cratère pour terminer les mesures et échantillonnages de la veille. Nous transportons aussi un bateau gonflable. Loïc veut en effet retirer une sonde de température et de conductivité qu’il a installée il y a deux ans au milieu du lac.

Puis, quand tout est terminé, nous remontons du fond du cratère, empaquetons les tentes et redescendons jusqu’à la voiture. La chaleur et les efforts consentis durant ces deux jours nous laissent légèrement déshydratés, malgré les 5 litres d’eau absorbés quotidiennement.

Un article sur l'autre volcan de la Campagne, le Tacana sera publié bientot, mais je dois partir cette semaine faire des mesures de CO2 sur les volcans du Michoacan.

 

Préparatifs avant l'ascension

Préparatifs avant l'ascension

Un campesino mène un troupeau vers la prairie (notez le panneau indiquant la roure d'évacuation)

Un campesino mène un troupeau vers la prairie (notez le panneau indiquant la roure d'évacuation)

Panoramique du cratère

Panoramique du cratère

Volcans du Chiapas (1) El Chichon
Paty et Loic dans la descente vers le lac

Paty et Loic dans la descente vers le lac

Fumerolle (de type mud pool) á 97 degrés

Fumerolle (de type mud pool) á 97 degrés

Nathalie et Loïc échantillonnent

Nathalie et Loïc échantillonnent

Même si les fumerolles du Chichon sont classées dans les basses températures, ca reste chaud, surtout sans protections

Même si les fumerolles du Chichon sont classées dans les basses températures, ca reste chaud, surtout sans protections

Bulles de gaz à la surface du lac

Bulles de gaz à la surface du lac

Echantillonnage des bulles du lac

Echantillonnage des bulles du lac

Couleurs d'eau thermale

Couleurs d'eau thermale

Couleurs du lac

Couleurs du lac

Commenter cet article

snoring mouth guard 16/12/2013 12:47

Very interesting and impressive place of visit for the travelers and the explorer and I think this is one of the few places where the scientists could directly investigate the molten lave and gases from the volcanic beds. I am glad to be here.

Billy 22/05/2013 12:06

Quel bon article! D'ici quelques mois, tu pourras te lancer dans la rédaction d'un guide des volcans Mexicains et des attractions touristiques / culturelles des environs.
Ca a l'air souvent embrumé à cette saison...

RobindesVolcans 05/05/2013 05:16

Merci beaucoup pour vos commentaires!!! Je viens de rentrer de deux autres semaines de travail de terrain, dans les champs de cones monogéniques du Michoacan et de Jalapa. Mais je n'écrirai rien la desssus parce que je n'ai presque pas fait de photo.

Alino 04/05/2013 18:15

Bravo pour le descriptif compréhensible de cette mission de terrain et les photos l'accompagnant. Merci une nouvelle fois de partager tes expériences de terrain ! Alain

Daniel et Sylvie 29/04/2013 23:06

Tout simplement merci.
Daniel