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Robin des volcans

Robin des volcans

Volcanologie, Mexique et Expéditions Volcaniques

Articles avec #costa rica catégorie

Publié le par Robin Campion
Publié dans : #Volcanologie, #Congrès, #Costa Rica, #Turrialba, #Eruption, #DOAS, #Volcans

Ces deux dernières semaines, j’étais à nouveau au Costa Rica, pour participer à deux workshops successifs sur les mesures à distances de SO2 par spectrométrie UV. Le premier workshop traitait des résultats obtenus par le réseau NOVAC (Network for the Observation of Volcanic and Atmospheric Changes) au cours des 10 premières années d’existence. Le second, plus technique, discutait des problèmes qui affectent encore la précision et l’exactitude des mesures, et des possibles solutions à ces problèmes. Les deux workshops, assez différents dans leur genre, ont été très intéressants, et très productifs. En témoigne le rapport de plus de 40 pages que nous sommes en train de rédiger et qui contient des recommandations et des projets de recherches concrets pour améliorer systématiquement la qualité des mesures du réseau DOAS et les valider.

Pour moi, c’était aussi l’occasion de revoir le Volcan Turrialba pour la troisième fois après 2010 et 2014, et cette fois en éruption… Une éruption que j’attendais depuis 5 ans, ça compte !! Dans un article du Bulletin of Volcanology de 2012, j’avais, à partir de mesures par images satellites et caméra à SO2, postulé que seule une intrusion de magma récente permettait d’expliquer les émissions très élevés de SO2 par ce volcan. Et que, par conséquent, une éruption de ce magma était un scénario d’évolution fort probable pour ce volcan qui ne se trouve qu’à une quarantaine de San Jose, la capitale du pays. L’éruption actuelle est pour le moment modérée, mais elle a quand même modifié assez fortement la morphologie du cratère. Tous les blocs éjectés que j’ai pu observer étaient constitué d’anciennes roches partiellement altérées et pour le moment, seules les cendres contiennent des traces, peu abondantes, de magma frais.

Enfin c'est toujours un grand plaisir de retrouver mes amis de l'Ovsicori (Observatorio Vulcanològico y Sismico de Costa Rica) Geoffroy Avard et Maarten de Moor, authentiques volcanologues de terrain sans peur et sans reproches.

Photo de Groupe lors de l'excursion du Mercredi: 40 volcanologues de 17 pays différents.

Photo de Groupe lors de l'excursion du Mercredi: 40 volcanologues de 17 pays différents.

Emission de Cendres

Emission de Cendres

Maarten de Moor, de l'OVSICORI, répare une station du réseau NOVAC

Maarten de Moor, de l'OVSICORI, répare une station du réseau NOVAC

Détail des rideaux de cendres

Détail des rideaux de cendres

Le cratère actif du Turrialba s'est considérablement élargi: vue actuelle et comparaison avec mars 2014
Le cratère actif du Turrialba s'est considérablement élargi: vue actuelle et comparaison avec mars 2014

Le cratère actif du Turrialba s'est considérablement élargi: vue actuelle et comparaison avec mars 2014

Vue plongeante sur un paysage en noir et blanc.

Vue plongeante sur un paysage en noir et blanc.

Mes Amis Maarten de Moor et Geoffroy Avard, déblayent le panneau solaire de la station Multigaz installée près du cratère

Mes Amis Maarten de Moor et Geoffroy Avard, déblayent le panneau solaire de la station Multigaz installée près du cratère

Mesures à la caméra Thermique de la bouche de 2010.

Mesures à la caméra Thermique de la bouche de 2010.

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Publié le par Robin Campion
Publié dans : #Expéditions, #Volcanologie, #Costa Rica, #Poas, #Ovsicori

Je suis depuis maintenant une semaine au Costa Rica, invité par l’OVSICORI pour participer a des mesures de flux de gaz sur les volcans Poas et Turrialba, et à des expériences de corrélations de ces mesures avec des données sismiques. J’étais déjà venu dans ce pays en 2010, pour tester la caméra à SO2 que je développais dans le cadre de ma thèse. Et tout comme il y a quatre ans, je suis enchanté par mon séjour dans ce pays. L’équipe de l’OVSICORI m’a accueilli de façon tout a fait charmante. C’est un groupe très dynamique, multidisciplinaire et compétent, certainement un des meilleurs d’Amérique latine. Il y a Maria, la géochimiste spécialiste des lacs de cratères à l’enthousiasme intarissable, son compagnon Javier, sismologue réfléchi parfois taciturne et qui conduit son 4x4 comme dans un rallye automobile, Geoffroy, volcanologue français, baroudeur calme et plein d’humour, et Maarten, mercenaire sud-africain compétent et chaleureux. Tous sont d’authentiques volcanologues de terrain passionnés par leur métier. Ce séjour est vraiment très enrichissant pour nous tous. C’est l’occasion de découvrir des techniques nouvelles (la caméra à SO2 pour eux, les analyseurs de gaz portatifs pour moi) de partager des informations, d’échanger des expériences ou des idées, de discuter de problèmes liés à telle ou telle méthode.

Cette semaine, nous nous sommes surtout concentrés sur le Poas. Ce stratovolcan aux pentes douces possède le lac de cratère le plus actif du monde, surpassant même en pH et en acidité celui du célèbre Kawah Ijen, que j’ai eu aussi la chance de voir et d’étudier. Comme son « cousin indonésien » le Poas possède en bordure du lac, une zone de fumerolles à très haute température (Geoffroy y a mesuré plus de 700° il y a quelques semaines). Le lac du Poas, niché au fond d’un complexe de cratères emboîtés, est tellement concentré et chaud qu’il émet du SO2 par diffusion a travers sa surface. Plusieurs fois par jour des éruptions phréatiques, la plupart du temps très petites, viennent crever sa surface en bouillonnements inquiétants. Tout au long de ces 5 journées de mesures panache du Poas s’est avéré très difficile à mesurer avec la caméra à SO2. Les jours où le vent est fort il flue au ras du sol dans la profonde vallée qui draine le lac vers l’ouest, tandis que les jours ou le vent est calme, il s’étale paresseusement, remplissant parfois tout le cratère et débordant largement du champ de vision de la caméra. Le panache est aussi la plupart du temps très riche en aérosol d’acide sulfurique, qui empêche une bonne pénétration de la lumière ultraviolette et peut fausser les mesures. Pour couronner le tout, l’atmosphère tropicale dans laquelle baigne le volcan s’ennuage assez tôt dans la journée, ce qui ne laisse que quelques heures par jour pour (essayer de) faire des bonnes mesures. Malgré toutes ces difficultés j’ai pu réaliser quelques bonnes mesures de flux de SO2 et de vitesse du vent avec la caméra, pendant que Maarten mesurait le flux de SO2 en marchant sous le panache avec un DOAS et que Geoffroy et deux Siciliens de l’université de Palerme mesurait la composition du panache avec leurs détecteurs Multigas.

Hier je suis descendu jusqu’au fond du lac, pour accompagner deux biologistes qui voulaient faire des prélèvements d’eau et de sédiments du lac, à la recherche de bactéries extrémophiles, qui pourraient vivre dans ce milieu hostile. J’en ai profité pour observer de plus près les fumerolles, dont certaines émettent de petites coulées de soufre liquide. Pour limiter les risques nous ne sommes restés qu’une heure au fond, équipés bien entendus de masques a gaz et de casques.

Demain nous changeons de site, et nous partons pour le Turrialba, ou j'essaierai, presque quatre ans jours pour jour apres ma premiere tentative infructueuse, d'obtenir des mesures à la caméra UV simultanées à l'acquisition d'une image par le satellite ASTER.

Mesure à la caméra au Poas (photo Maria Martinez)

Mesure à la caméra au Poas (photo Maria Martinez)

Deux perspectives du lac et les cratères emboîtés du Poas
Deux perspectives du lac et les cratères emboîtés du Poas

Deux perspectives du lac et les cratères emboîtés du Poas

Au premier plan, Maarten, en train de mesurer le panache au DOAS, donne l'échelle

Au premier plan, Maarten, en train de mesurer le panache au DOAS, donne l'échelle

Evaporation intense à la surface du lac. La couleur grise est due à la grande quantité de sédiments en suspension. C'est une caractéristique typique des lacs hautement actifs, dont les mouvements de concvection intenses rmobilisent en permanence les sédiments du fond.

Evaporation intense à la surface du lac. La couleur grise est due à la grande quantité de sédiments en suspension. C'est une caractéristique typique des lacs hautement actifs, dont les mouvements de concvection intenses rmobilisent en permanence les sédiments du fond.

Progression au bord du lac, en direction des fumerolles

Progression au bord du lac, en direction des fumerolles

Surprenantes stalacmites de soufre a la sortie d'une fumerolle a haute tempérenture

Surprenantes stalacmites de soufre a la sortie d'une fumerolle a haute tempérenture

"coulées" de soufre fondu. Le soufre est beaucoup plus visqueux que celui du Kawah Ijen, parce qu'il est beaucoup plus chaud. Le comportememnt rhéologique du soufre en fonction de sa température est est hautement non linéaire

"coulées" de soufre fondu. Le soufre est beaucoup plus visqueux que celui du Kawah Ijen, parce qu'il est beaucoup plus chaud. Le comportememnt rhéologique du soufre en fonction de sa température est est hautement non linéaire

Un autre cratére du volcan, abrite un lac, d'apparence beaucoup plus tranquile

Un autre cratére du volcan, abrite un lac, d'apparence beaucoup plus tranquile

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